En théorie, investir dans une biotech, c’est investir dans une entreprise qui adresse un marché de niche parfois valorisé à plusieurs milliards de dollars, tout en agissant pour le bien et la santé de l’humanité.

Il s’agirait donc d’une opportunité crédible pour remporter le jackpot.

Et en réalité, c’est possible, mais le chemin à parcourir est bien plus long et difficile que prévu et de nombreux investisseurs se cassent les dents sur les biotechs.

Cette difficulté vient de la mauvaise compréhension de leur cycle de développement, qui fait que les investisseurs ne s’intéressent au titre qu’à l’étape la plus risquée de sa croissance, alors même que l’entreprise est probablement surévaluée.

Sans parler du fait que ces valeurs nécessitent un traitement stratégique spécial dans la gestion de votre portefeuille.

Dans cet article, je vous expliquerai concrètement en quoi consiste le parcours boursier d’une biotech à succès et comment vous pourriez faire pour dénicher la prochaine star de la cote.

I / Comment les biotechs développent-elles leurs médicaments ?

Avant d’aller plus loin, il est tout d’abord nécessaire de comprendre le parcours des biotechs.

Bien que leurs produits soient destinés au monde médical, elles n’en restent pas moins des start-ups comme les autres, à la seule différence que leur cycle de développement est particulièrement long.

Si plus de 20 ans séparent souvent les premiers travaux de la commercialisation, nous pouvons clairement identifier 3 étapes dans la vie d’une biotech.

1. Recherche fondamentale et tests pré-cliniques

Tout commence par des travaux académiques, au cours desquels des chercheurs vont étudier une maladie ou un dysfonctionnement organique. Ils essayeront de comprendre l’utilisation de nouvelles molécules et leur impact sur le corps humain.

En réalité, ces travaux expérimentaux ou théoriques n’ont pas forcément vocation à être applicables, leur objectif étant d’accroître la connaissance humaine.

C’est au cours de ce genre d’exercice que sont faites des découvertes par “accident”, comme ce fut le cas pour le laser par exemple.

Et si la recherche fondamentale suggère des résultats intéressants, des essais pré-cliniques seront mis en place.

A ce stade, les chercheurs vont tester leur produit sur des animaux de laboratoire. Ils mettront en évidence le mécanisme d‘action du médicament dans le cadre d’un modèle expérimental de la maladie.

Ces essais précliniques auront également pour but d’en comprendre le fonctionnement au sein de l’organisme (absorption, distribution, transformation et élimination) et sa potentielle toxicité ou effets indésirables.

Cela permettra de déterminer les doses à prescrire à l’homme, moyennant une marge de sécurité, afin de minimiser les risques et passer à la prochaine étape du développement : les essais cliniques. 

2. Essais cliniques et preuve de concept

Ainsi, les chercheurs disposent d’assez d’information pour se permettre de commencer leurs essais sur des cobayes humains.

Cette étape, la plus longue et la plus cruciale de la vie d’une biotech, se déroule en trois phases.

La phase 1, qui correspond à l’évaluation de la toxicité et de la tolérance du médicament, est effectuée auprès d’un nombre limité de volontaires en bonne santé. On leur injecte une dose croissante du médicament, sous haute surveillance.

L’objectif, ainsi que le mode opératoire, sont globalement les mêmes que pour les essais précliniques, à la seule différence que les cobayes sont des Hommes.

La phase 2 est la plus déterminante pour l’avenir du médicament. Une fois que le cadre de sécurité du médicament est connu, il va pouvoir être testé sur une centaine de patients, malades cette fois-ci.

L’objectif est de vérifier l’efficacité du médicament et d’en démontrer la “preuve de concept”.

En cas de succès, les tests sont généralisés lors de la phase 3 auprès d’une population de patients représentatifs (plusieurs milliers), que l’on effectue en “double-aveugle” (ni le médecin ni le patient ne soit si l’on injecte un médicament ou un placebo), afin de comparer le médicament à d’autres traitements de référence, pour en déterminer le rapport entre bénéfice et risque.

Si tout se déroule correctement, l’entreprise présente enfin son dossier d’autorisation de mise sur le marché auprès de l’autorité de santé compétente, qui lui permettra, après une longue phase de surveillance, d’aboutir à l’étape finale.

3. La commercialisation

L’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) ne signifie pas pour autant la fin des difficultés pour une biotech : encore faut-il en maîtriser la distribution commerciale.

Si le médicament est en principe protégé par un brevet pour une durée de 20 ans, le compte à rebours débute dès son dépôt, et non la commercialisation du médicament.

Comme nous avons pu le voir, ce processus peut être long, ce qui raccourcit le temps d’exclusivité du médicament. Pour cela, un certificat complémentaire de protection peut être demandé pour étendre de 5 ans la durée du brevet.

Ainsi, le médicament est en pratique protégé pour une durée allant de 10 à 15 ans.

En revanche, les données de l’AMM tombent dans le domaine public 8 ans après son obtention, et permettent à des laboratoires de développer un générique, qui sera commercialisé dès l’expiration du brevet du médicament-cible.

Développer un médicament est donc une aventure longue et délicate, ce qui explique pourquoi les biotechs ont régulièrement recours au financement par les marchés financiers.

II / Pourquoi les biotechs s’introduisent-elles en bourse ?

Toute entreprise nécessite des fonds pour financer son activité, et ces derniers peuvent s’obtenir de trois manières :

  • Par l’activité courante, lorsque l’entreprise utilise les fonds qu’elle a récoltés auprès de ses clients
  • Grâce à la dette, lorsque l’entreprise emprunte de l’argent à ses créanciers
  • En levant des fonds propres, lorsque l’entreprise vend une partie de son capital à ses investisseurs

Mais très vite, on se rend compte d’une chose :

  • Puisque le médicament n’est pas encore commercialisé, la biotech ne génère pas de ventes, et donc, pas de trésorerie.
  • Elle n’est pas non plus capable de rembourser ses emprunts à maturité ou sa charge annuelle d’intérêt, ce qui, en matière de risque, ne fait aucune différence entre un créancier et un investisseur.

De ce fait, la biotech est obligée de se financer auprès d’investisseurs. Elle dispose de deux solutions pour cela :

  • Se rapprocher de “business angel” ou de fonds de private equity
  • Lever des fonds sur les marchés financiers

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces deux sources de financement sont complémentaires.

1. Le recours au private equity

Le private equity va permettre à l’entreprise de sortir de terre et de faire ces premières expérimentations. Ce financement d’une société non cotée, qui travaille sur le prototype d’un produit est ce que l’on appelle le “capital d’amorçage”.

Cette étape permettra à la société d’engager ses premières dépenses et de financer sa recherche. A ce niveaux, les montants engagés sont donc bien plus faibles que ceux levés en bourse.

Le processus est bien plus rapide, puisqu’il y a moins de contraintes légales, et plus discret. Il permet également à la biotech d’être épaulée par des investisseurs souvent spécialisés dans le domaine de la santé, et qui pourront les aider sur les aspects stratégiques et financiers de la gestion de l’entreprise.

D’ailleurs, la bourse n’est pas vraiment adaptée pour financer des entreprises à l’état de création. Pour faire vivre une belle histoire boursière, il est recommandé d’avoir un produit fonctionnel et d’être un minimum structuré.

Généralement, l’entreprise va se financer via une Série A, avant de faire appel aux marchés financiers.

2. L’inévitable introduction en bourse 

Pour l’entreprise en quête de financement, le modèle du private equity a de nombreux atouts pour séduire.

Mais malgré plusieurs tours de table pour porter la biotech jusqu’aux essais cliniques, il arrive toujours un moment où le financement par des fonds privés atteint ses limites.

En faisant attention à l’environnement biotech, vous remarquerez sûrement une récurrence intrigante : elles s’introduisent en bourse à un moment précis et prévisible de leur croissance.

Et cette étape, c’est la phase 2 des essais cliniques.

La biotech est à un moment charnière de son existence, car son médicament a passé avec succès les premiers tests de sécurité, et il est prêt à être administré à l’Homme.

L’inconnu qui reste en suspens n’est pas des moindres : est-il efficace au-delà des attentes théoriques ?

A partir d’ici, la stratégie va être de multiplier les essais cliniques pour établir la preuve de concept.

Mais cela coûte cher, et le fonds de private equity n’est pas capable d’assumer seul le cash burn de l’entreprise sur une période aussi longue. 

La phase 2 marque une augmentation significative des dépenses de la biotech, qui ne cessent de s’accroître.

3. Le transfert de risque

Pour le fonds de private equity, c’est l’occasion de sortir proprement d’une entreprise en empochant une belle plus-value. L’entreprise dispose déjà d’une feuille de route et d’un prototype intéressant dont le potentiel est encore intact : la mission de “mettre le train sur les rails” est accomplie.

Pour la biotech, c’est l’opportunité de recourir à des capitaux frais, auprès d’un nouvel actionnariat diversifié et capable de porter le projet sur le long terme. Quand elle le souhaitera, elle aura accès à un vivier de capital (presque) illimité : le recours aux augmentations du capital est est régulier pour les biotechs en phase d’essai clinique. 

En réalité, il s’agit plutôt d’un transfert de risque.

La bête noir d’une biotech serait de développer un médicament inutile. Le problème, c’est qu’il est impossible de s’en apercevoir avant la phase 2 des essais cliniques.

Aucun fonds de private equity n’est prêt à prendre ce risque après avoir injecté plusieurs millions d’euros dans une seule entreprise.

C’est un peu comme rouler à 250 km/h sur l’autoroute sans ceinture de sécurité : tant qu’il n’y pas de problème, tout va bien, mais le moindre pépin sera fatal.

III / Investir dans une biotech : comment décrocher le jackpot ?

Dans ce cas, pourquoi les investisseurs souscrivent-ils aux introductions en bourse des biotechs ?

Réponse : parce que cela peut rapporter gros.

On peut parler de multiplication par 2, par 5 voire par plus de 10 de la valorisation de l’entreprise.

Et c’est bien dans cette optique que l’on investit dans une biotech : pour dynamiser son portefeuille. Surtout si vous souhaitez battre le marché.

Mais vous comprendrez que cela implique un risque conséquent.

1. Pourquoi l’analyse financière ne fonctionne pas …

Le problème lorsque l’on investit dans une biotech, c’est qu’il est impossible d’en définir le prix.

Il est donc possible que vous payiez une fortune pour un titre qui ne vaille pas un kopeck.

La manière la plus simple de valoriser une entreprise cotée en bourse, c’est d’appliquer la méthode des multiples.

En gros, il suffit de constituer une liste de plusieurs entreprises concurrentes avec lesquelles la comparaison est pertinente, et de calculer certains ratio en utilisant la valorisation boursière comme numérateur.

Vous pourrez ainsi savoir “combien de fois” faut-il payer le chiffre d’affaires ou le résultat d’exploitation d’une entreprise.

A vous d’ensuite ajuster ces éléments selon les spécificités de chaque entreprise pour affiner la fourchette de valorisation.

Problème : bien souvent, la biotech ne génère ni chiffre d’affaires, ni bénéfice, rendant ce travail de valorisation obsolète.

En réalité, absolument personne n’est capable de définir la valorisation, tant approximative soit-elle, d’une biotech.

Il ne reste donc aux investisseurs que les actualités de l’entreprise pour prendre leur décision sur les marchés financiers.

Il s’agit dès lors d’une gestion opportuniste, pour ne pas dire spéculative.

2. … et comment vous pourriez en profiter

L’handicap dû au manque d’information financière est une opportunité pour les investisseurs menant une enquête exhaustive de tirer leur épingle du jeu.

Pour cela il faut se concentrer sur le plus important : le produit.

Pour qu’une biotech soit valorisée à des milliards d’euros, il faut qu’elle puisse générer des profits colossaux.

Et ça, ce n’est possible que si le produit qu’elle conçoit est indispensable.

Il vous faudra répondre à cette liste de question :

  • Quel est le problème que le médicament résout. En quoi est-il utile ?
  • Combien de patients sont affectés par la pathologie à laquelle le médicament répond ? Quelle est sa sévérité ?
  • Comment fonctionne-t-il ? Sur quelle technologie se base-t-il ?
  • L’utilisation du médicament est-elle compatible avec les pratiques cliniques actuelles ? Ou au contraire, nécessite-t-elle une adaptation ?
  • Quelles sont les autres solutions existantes ? En quoi le médicament est-il plus efficace, en termes de performances et de coûts ? Pourquoi changer ?
  • Comment le médicament sera-t-il distribué commercialement ?
  • Qui s’assure de la production industrielle du produit, de sa qualité et de sa conformité ? 

La plupart des investisseurs ne prendront pas la peine de faire sincèrement ce travail.

Grâce aux réponses que vous apporterez à ces questions, vous serez en mesure d’établir la taille du marché potentiel auquel s’adresse la biotech, ainsi que sa capacité à distribuer un produit conforme aux attentes.

Il s’agit du seul moyen pour intelligemment investir dans une biotech.

En général, plus le problème que résout la biotech est grave, moins son marché est grand, puisqu’il s’agit en général de maladie rare, mais cela ne signifie pas pour autant que la biotech ne connaîtra aucun succès commercial.

Il est parfois préférable de dominer un marché de niche. 

Garder bien en tête que vous souhaitez investir dans des entreprises rentables

IV / Ma stratégie pour investir dans une biotech

Commençons tout de suite par définir la mauvaise stratégie.

Certes, investir dans une seule biotech peut fonctionner, mais vous avez une chose sur deux pour que le titre s’écrase.

L’expérience est d’ailleurs difficilement répétable.

En cas d’échec, il y a de forte chance pour que l’expérience vous refroidisse.

Ce serait dommage, puisque ces dernières représentent de belles opportunités de plus-value, surtout que la France dispose d’une certaine expertise en la matière !

La bonne stratégie que je vous propose serait de considérer les biotechs comme un compartiment de votre portefeuille.

Par exemple, si vous investissez 30 000€ en bourse, répartis en 15 lignes de 2 000€ chacune, pourquoi ne pas consacrer 4 000€ à 3 ou 4 biotechs différentes ?

Comme toujours, le maître-mot, c’est la diversification.

Pour bien diluer le risque, vous veillerez à sélectionner des entreprises qui proposent des médicaments très différents et ne sont pas concurrentes entre elles.

Idéalement, elles seront à des stades différents de leur cycle de développement. Une bonne idée serait par exemple d’en choisir une en phase 2, une en phase 3, et une en phase de commercialisation.

Enfin, le mieux est d’investir dans au moins une entreprise visant un marché de niche très spécifique (moins de 10 000 patients par an dans le monde) et dans une autre qui, au contraire, propose des solutions pour des pathologies générales (qui concernent plusieurs millions de personnes à travers la planète).

Pour le reste, à vous de placer le curseurs selon vos préférences.

Cela vous permettra ensuite de faire tourner les titres en portefeuille, tout en conservant un équilibre.

Libre à vous d’utiliser vos gains pour élargir votre panoplie de biotechs.

Et si les choses ne se passent pas comme prévu, les autres valeurs viendront lisser la volatilité de votre portefeuille.

“Oui mais concrètement, quelles valeurs dois-je acheter ?”

J’aimerais pouvoir vous aider sur ce point.

Mais le problème c’est que l’environnement biotech évolue très vite.

Aperçu du site BiotechBourse.fr
Le site BiotechBourse pourrait vous aider à vous tenir informé de l’actualité du secteur.

Les informations que vous donnerais au moment où j’écris ces lignes ne seraient peut être plus d’actualité dans quelques mois.

Surtout, ça ne vous rendrait pas service, puisque vous auriez tendance à me faire aveuglément confiance.

En revanche, si vous êtes un investisseur actif, vous pourriez recevoir gratuitement ma newsletter, chaque semaine.

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