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Ecrit par : Adrien Aïach

Publié le : 03/07/2022

Alors que les craintes d’inflation et de récession agitent les marchés, les investisseurs se mettent en quête de valeurs défensives pour protéger leurs portefeuilles des turbulences à venir.

Sauf qu’après avoir écumé toute la cote, il ne reste plus grand chose … à part, peut-être, les valeurs de télécommunication, dont la valorisation est tellement faible qu’elles ne puissent plus être ignorées.

A cet instant, la voix de Thierry Gilardi résonne dans votre tête.

« Oh non, pas ça. Pas aujourd’hui. Pas maintenant. Pas après tout ce que tu as fait … »

De « Les investisseurs haïssent les valeurs télécoms » à « Pourquoi les entreprises de télécommunications sont-elles universellement méprisées par leurs clients ? », la presse n’est pas tendre avec le secteur.

Un article du Financial Times rapporte même que les analystes de Barclay’s qualifiaient à une époque ces actions de « perpétuelles destructrices de valeur ».

Entre marge faible, croissance absente et coûts fixes élevés, difficile d’habiller la mariée.

Le seul avantage à faire valoir ? Leurs généreux dividendes laissent apparaitre des rendements pharamineux.

Pour l’action Orange, il s’élève à plus de 6%. Et dans un contexte tendu sur le marché obligataire, cette alternative a le mérite d’exister.

Mais pour reprendre les mots de Benjamin Graham : « Acheter une obligation pour son rendement, c’est comme épouser une femme pour le sexe. Si ce qui vous attirait au départ s’évapore, vous vous demanderez « Et maintenant, que reste-t-il ? ». Lorsque la réponse est « Rien », les époux comme les créanciers finissent avec le cœur brisé. »

Acheter des actions Orange (ORA.PA) ne ressemble donc pas à l’idée du siècle, mais pourtant, le titre surperforme le marché depuis le début de l’année et le vent semble être en train de tourner.

Alors, faut-il ignorer les mises en garde et investir dans Orange ? C’est ce que nous allons découvrir dans cette nouvelle analyse.

Evolution du cours de l’action Orange (ORA.PA) et du CAC 40 depuis le début de l’année.

Pourquoi la valorisation du secteur Télécommunication est-elle si faible ?

L’activité de la plupart des entreprises de télécommunication est raisonnablement stable et génératrice de trésorerie, mais leur business-model peine à convaincre les investisseurs pour trois raisons.

Un besoin en CAPEX insoutenable

La téléphonie mobile est une activité très intensive en capital et requière des investissements permanents. Pour Orange, cela représente environ 20% de son chiffre d’affaires.

Le déploiement de la 5G a d’ailleurs fortement stimulé ces dépenses, qui se sont accélérées au cours des cinq dernières années, et cette mise à niveau du réseau va coûter plus de 56 milliards d’euros rien qu’en Europe, selon l’Association Européenne des Infrastructures Sans-Fil (la EWIA).

Il faut bien installer de nouvelles antennes compatibles, tirer de nouvelles lignes téléphoniques et construire de nouveaux pylônes pour utiliser cette nouvelle technologie, mais ces investissements plombent la rentabilité des opérateurs mobiles.

Les dépréciations et les amortissements sont devenues tellement courants qu’on ne fait presque plus la différence entre les CAPEX (CAPital EXpenditures, dépenses d’investissement) et les OPEX (OPerational EXpenditures, dépenses opérationnelles).

C’est un peu comme remplir une baignoire qui fuit : les opérateurs mobiles doivent investir massivement rien que pour se maintenir à flot, ce qui est un énorme paradoxe puisqu’un investissement doit avant tout permettre une croissance dans le futur.

Sauf que la croissance, cela fait longtemps qu’Orange ne la connait plus : au cours des 5 dernières années, le groupe a présenté une progression annualisée de son chiffre d’affaires de seulement … 0,87% !

Et c’est pour cela que le dividende est aussi élevé. Lorsqu’une entreprise a atteint sa taille maximale, elle redistribue ses bénéfices aux actionnaires : c’est le propre des valeurs de rendement.

Il n’y a pas de problème à cela … à part quand la politique de redistribution n’est pas soutenable sur le long-terme.

Car avec une marge nette qui peine à se maintenir autour des 5%, on se rend compte que le rapport de distribution (la part du bénéfice net qui est reversée aux actionnaires), est régulièrement supérieur à 100% !

Sur les dix dernières, cela s’est vérifié pour les millésimes 2012, 2014, 2017, 2018 et 2021. Pour les autres exercices, il n’est pas rare d’atteindre les 70%.

Cela signifie qu’Orange a pour coutume de distribuer plus d’argent que ce que le groupe n’en gagne.

« Qu’est-ce que c’est que cette histoire encore ? »

Rassurez-vous, il ne s’agit pas d’une fraude financière : cela est possible parce que les dépréciations et des amortissements ne sont pas des décaissements, et donc, qu’Orange dispose effectivement de l’argent redistribué.

Mais malgré cette nuance comptable, un tel rapport de redistribution est insoutenable avec le niveau requis des nouveaux investissements.

En 2021, Orange a déboursé 8,75 milliards d’euros pour ses nouveaux investissements (un record dans l’histoire du groupe) et a reversé 2,37 milliards d’euros à ses actionnaires … tout en empruntant 6,51 milliards d’euros !

Même s’il s’agit du seul moyen de garder la tête hors de l’eau en bourse et que la direction d’Orange assure que le montant de 0,70€ par action doit constituer un « plancher », il ne faut pas le considérer comme un acquis. Très peu probable, mais pas impossible, sa suspension ou au moins sa diminution serait lourdement sanctionnée par les investisseurs.

Orange est donc pris au piège dans un cercle vicieux : le groupe est obligé de distribuer d’importants dividendes au moment même où il a le plus besoin de capital.

La question à se poser maintenant est donc : les investissements dans la 5G permettront-ils à Orange de retrouver le chemin de la croissance, et donc, de justifier une telle gestion financière ?

Malheureusement, je ne le pense pas.

Evolution de la part des CAPEX d’Orange par rapport au Chiffre d’Affaires au cours des 10 dernières années.

Une concurrence forte

Car le rapport de force concernant les prix n’est pas en faveur des opérateurs, et il est peu probable que ces derniers puissent rentabiliser ces dépenses, comme en témoigne le scepticisme des analystes.

Dans une note, la boutique de recherche indépendante MoffettNathanson déclarait à l’occasion des résultats du premier trimestre d’AT&T : « Peuvent-ils répercuter ces augmentations de coûts sur les clients ? Non, du moins, pas pour le moment« .

Cette course technologique est en avant tout un enjeu de compétition pour satisfaire les exigences sans cesse croissantes du marché, et les opérateurs mobiles ont tout à perdre à ne pas mettre leurs réseaux à jour, sans avoir grand chose à y gagner.

Alors qu’il existe désormais trois principaux opérateurs de réseau mobile aux Etats-Unis (Verizon, NYSE:VZ; AT&T, NYSE:T et T-Mobile, NYSE:TMUS), ils sont près de 30 au sein de l’Union Européenne.

Rien qu’en France ou au Royaume-Uni, quatre opérateurs se partagent des territoires presque cinq fois moins peuplés (Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free dans l’hexagone; Three , EE, Vodafone et O2 outre-manche).

A ceux-ci s’ajoutent des opérateurs de réseau mobile virtuels, à l’instar de Virgin Mobile, NRJ Mobile ou La Poste Mobile, qui utilisent les infrastructures existantes des opérateurs traditionnels pour revendre leurs services en marque blanche.

La concurrence est donc intense et si les opérateurs, qui se livrent une guerre des prix sans merci, plaident unanimement pour une consolidation du secteur, l’autorité de la concurrence européenne ne s’est pour l’instant pas montrée du même avis.

Une réduction du nombre d’acteurs rendrait le marché plus lucratif et permettrait aux opérateurs de disposer d’une plus grande marge de manoeuvre dans l’entretien de leurs réseaux.

Cela aurait un effet positif sur les marges, mais je pense que cet impact est surestimé, car la richesse n’est plus captée par les opérateurs de réseau mobile, mais par les autres acteurs de la chaine de valeur.

Une création de valeur insuffisante

Si le prix des forfaits mobiles en France a été divisé par deux en dix ans, celui des smartphones a connu une évolution inverse.

Apple n’a pas présenté de marge nette inférieure à 20% depuis 2009, tandis que Samsung et Qualcomm, fournisseurs de la firme de Cupertino, présentent une rentabilité similaire.

Les fabricants de smartphones ont démocratisé les smartphones mais ce sont les GAFAM qui ont réellement fait exploser la demande pour les services de téléphonies mobiles.

Aujourd’hui, les Google, Facebook, Netflix, Apple, Amazon et Microsoft représentent 57% du trafic internet mondial, sans avoir investi le moindre euro dans les réseaux permettant de diffuser leur contenu.

Pour supporter cette charge, la Fédération Française des Télécoms a publié ses propositions pour inciter les géants du web à participer au financement des infrastructures et faire ainsi face à l’émergence du contenu vidéo de haute qualité et hautement énergivore, mais on se doute bien qu’il s’agit d’un coup d’épée dans l’eau.

Même les opérateurs disposent d’activités connexes dans les médias, tant la valeur ajoutée par leur coeur d’activité s’est réduite au fil du temps.

Bouygues détient des parts dans le groupe TF1 tandis qu’Altice possède RMC. Aux Etats-Unis, AT&T a récemment finalisé la fusion de sa filiale Discovery avec WarnerMedia dans le but de créer un géant du streaming.

Cette quête de diversification ne s’arrête pourtant pas aux frontières du contenu vidéo. Orange s’est lancé dans les services financiers avec sa néo-banque alors que Deutsch Telekom propose désormais des bornes de recharges pour les véhicules.

Et quand on ne sait plus quoi faire pour satisfaire les investisseurs, certains ont estimé, las de ce désamour, qu’il était temps d’acter le divorce avec les marchés.

Avec son retrait de la cotation fin 2021, Iliad (Free) a emboité le pas à Altice (SFR) et deux opérateurs français majeurs quittent la bourse par la petite porte. Désormais, Xavier Niel et Patrick Drahi auront les mains libres pour suivre leur stratégie entrepreneuriale sans avoir à négocier avec les financiers.

Pourtant, Orange ne devrait pas emprunter le même chemin, car une nouvelle tendance secoue le secteur des télécommunications et pourrait lui permettre de réveiller l’intérêt de la communauté financière.

Qu’est-ce qu’une TowerCo et pourquoi est-ce aussi important pour les opérateurs ?

Accablées par des niveaux d’endettement élevés et la perspective d’investissements coûteux pour déployer les réseaux 5G, les entreprises de télécommunications réalisent que certains de leurs actifs constituent de véritables trésors pour lesquels les investisseurs sont prêts à payer cher : leurs pylônes.

Un coût de construction élevé

Construire un pylône, c’est onéreux, entre 150 000€ et 200 000€ par unité en moyenne, et il en existe environ 440 000 dans toute l’Europe.

Cela représente également un très large parc immobilier pour les opérateurs mobiles, qui doivent acquérir ou louer le terrain sur lesquels installer leurs infrastructures.

Mais ériger un pylône est une entreprise architecturale périlleuse puisque ce dernier devra résister aux aléas climatiques, y compris les plus fortes tempêtes.

Il s’agit également d’un casse-tête logistique puisqu’il faut le raccorder au réseau électrique, y ajouter des générateurs auxiliaires pour assurer un service en continu, mettre en place un système de climatisation et creuser des tranchées pour pouvoir tirer la ligne afin de le raccorder au réseau téléphonique ou optique.

Ces travaux sont donc lourds mais ils ne concernent jusqu’ici que la partie « passive » des équipements de télécommunication.

Il faut à cela ajouter les équipements « actifs », directement utilisés dans les systèmes de communications sans fil, comme les antennes ou les paraboles.

Ce qui est intéressant, c’est que ce sont ces équipements qui créent le plus de valeur pour l’opérateur, mais qu’ils ne sont pas les plus onéreux à acquérir et à maintenir.

Bien sûr, il faut les remplacer régulièrement pour profiter des dernières évolutions technologiques, mais cela en réalité assez simple : une fois que toutes les infrastructures passives sont en place, c’est un peu du « Plug & Play ».

La différence entre infrastructures passives et équipements actifs est subtile, mais elle est néanmoins essentielle pour comprendre la suite, car depuis quelques années, les opérateurs mobiles ont engagé la cession de leurs infrastructures passives à des entreprises indépendantes : les TowerCos.

Les infrastructures passives sont représentées en gris. Les équipements actifs sont représentés en jaune.

Une restructuration des opérateurs

Contraction de « Tower Companies », il s’agit de sociétés financières qui achètent les pylônes et les autres infrastructures passives des opérateurs pour ensuite leur louer, sous le principe de la cession-bail, sans poser le moindre problème dans la continuité des opérations.

Et ce n’est pas la première fois qu’une entreprise cède ses actifs stratégiques tout en continuant de les exploiter, puisque c’est exactement ce qu’il s’est passé avec le groupe Accor, qui après avoir regroupé tous ses actifs immobiliers dans une structure ad hoc, souhaite la céder sans vouloir en « conserver la moindre participation résiduelle« .

On observe un phénomène similaire chez les compagnies aériennes, qui, après avoir reçu leurs nouveaux avions, les revendent à des sociétés de leasing et signent dans la foulée un contrat de location opérationnelle.

Lire également : le cours des actions Air France KLM va-t-il remonter un jour ?

Dans ce nouveau modèle, chaque pylône est désormais partagé par plusieurs opérateurs, comme une collocation, ce qui permet à la TowerCo de rentabiliser au mieux les investissements et de bénéficier d’un fort levier opérationnel.

Pour l’opérateur mobile, cela lui permet de réduire drastiquement la taille de son bilan (et donc, de se désendetter) tout en réduisant ses CAPEX, ou de moins, de les transformer en OPEX et de mieux maitriser ses coûts : il s’agit donc d’une transaction gagnant-gagnant.

Orange est toujours propriétaire de ses infrastructures et souhaite le rester, or, selon ses propres informations, seulement 20% de ses infrastructures accueillent les équipements d’autres opérateurs, ce qui représente un manque à gagner considérable par rapport aux sommes investies.

Mais surtout, ses concurrents sont, eux, en train de surfer sur la vague et vont pouvoir bénéficier d’avantages concurrentiels importants grâce à ces nouvelles structures.

Une tendance en forte hausse

En Europe, seulement 20% des tours sont détenues par des TowerCos indépendantes, contre 90% aux Etats-Unis, mais les initiatives commencent à se multiplier.

SFR s’était associé au fonds d’investissement KKR pour la création d’Hivory, la structure dans laquelle ont été logés les 10 000 pylônes qui appartenaient à Altice : la société a été revendue en octobre 2021 au géant espagnol Cellnex.

Le britannique Vodafone a lui, au printemps de la même année, levé plus de 2,3 milliards d’euros en réalisant l’introduction en bourse de Vantage Tower, sa TowerCo comprenant plus de 82.000 mâts répartis dans 10 pays en Europe, tout en restant actionnaire de sa filiale à hauteur de 81%.

Selon des informations rapportées par Reuters, Deutsch Telekom serait également à la recherche d’un acquéreur pour ses 40 600 tours, dont l’allemand espère retirer de la vente pas moins de 18 milliards d’euros.

Au fil des années, les places boursières mondiales ont accueilli de nombreux acteurs comme American Tower Corporation, Cellnex ou Crown Castle International, dont la capitalisation boursière rivalise avec celle des opérateurs mobiles.

Et ces projets séduisent même en dehors des frontières occidentales, à en juger par la réussite des introductions en bourse des acteurs africains.

IHS Towers, la première TowerCo africaine avec plus de 30 000 pylônes, a fait ses premiers pas à Wall Street en levant 378 millions de dollars en octobre 2021, dans la lignée de Helios Towers, comptant 7000 mâts sur le même continent, qui avait choisi Londres comme place de cotation principale deux ans auparavant.

En Asie, les choses prennent une autre dimension : China Tower avait presque signé la plus grosse offre publique du millésime 2018 en levant 6,9 milliards de dollars à Hong-Kong. A lui seul, le continent abrite 70% des pylônes du monde.

Et devant autant d’agitation, l’état-major d’Orange n’est pas resté les bras croisés : le groupe français a officialisé le 2 novembre 2021 le lancement opérationnel de TOTEM, sa propre TowerCo dont il est, pour le moment, l’unique actionnaire.

Comment sa filiale TOTEM va-t-elle changer la donne pour Orange ?

Avec plus de 26 000 sites en France et en Espagne, le groupe va pouvoir participer à consolidation du secteur et mieux valoriser ses actifs auprès des investisseurs.

Générer de nouveaux revenus

En séparant les deux activités, Orange va désormais payer une rente à TOTEM pour l’utilisation de ses pylônes. On pourrait penser qu’il ne s’agit que d’un artifice comptable et que cela ne sert à rien, mais ce n’est pas vrai.

L’objectif de TOTEM est d’abord de regrouper tout ce parc immobilier en une structure dédiée pour en faciliter la gestion, mais surtout de louer cet espace disponible à d’autres opérateurs.

Il sera ainsi plus facile d’amortir le coût des nouveaux projets. La construction d’un nouveau pylône ne garantit en rien une augmentation du nombre d’abonnés, alors que cela a de fortes chances d’intéresser les autres opérateurs, qui ont, en majorité, pris la décision de céder ces actifs.

Puisqu’Orange n’accueille aujourd’hui que 0,2 locataires en moyenne sur ses pylônes, on peut alors facilement en ajouter un ou deux en plus pour un surcoût négligeable : cela signifie qu’Orange dispose d’une marge de manoeuvre considérable et peut multiplier ses revenus de location par un facteur de 5 à 10.

Orange va également pouvoir stimuler son chiffre d’affaires tout en bénéficiant de synergies pour son propre développement, au lieu de chercher à se diversifier dans des métiers qui n’ont rien à voir, qui coûtent plus d’argent qu’ils n’en rapportent et qui n’ont aucun avenir (n’est-ce pas, Orange Bank ?).

L’avantage de ne pas avoir cédé à l’appât du gain et de contrôler les actifs stratégiques, c’est qu’Orange a les mains libre pour poursuivre son développement. Rien n’empêche le groupe de réaliser des arbitrages : il peut acquérir de nouvelles infrastructures via TOTEM pour son compte propre, les louer à d’autres TowerCos si cela s’avère plus intéressant, voire acquérir de nouveaux pylônes et totalement laisser d’autres opérateurs les exploiter.

Cette nouvelle entité va enfin permettre à Orange de renouer avec la croissance, si l’on en juge par les performances des autres TowerCos.

American Tower Corporation ou Crown Castle International, les deux principales TowerCos indépendantes, présentent des croissances annuelles respectives de 8,37% et 8,35%. Avec ses 33,50%, l’espagnol Cellnex est un cas à part mais démontre parfaitement l’attractivité et le potentiel du secteur en Europe.

Cette nouvelle entreprise devrait également faciliter un désendettement, ce qui constitue un effet secondaire non-négligeable.

Réduire l’endettement

La hausse simultanée des taux d’intérêts et des besoins en financement va pousser Orange à trouver un autre moyen de renflouer les caisses autrement que par des emprunts, avant de se retrouver au pied du mur.

Le groupe français présente aujourd’hui plus de 30 milliards d’euros de dette nette, soit l’équivalent de sa capitalisation boursière, et un ratio EBITDA-CAPEX/Charge d’intérêt inférieur à 4, ce qui laisse une faible marge de sécurité.

Mettre un prix sur les actifs d’Orange est donc d’une importance cruciale pour les investisseurs puisque sa faible valeur boursière ne lui permet pas de se financer adéquatement sur les marchés.

Et avec une valorisation estimée entre 7,2 et 8,7 milliards d’euros, nous ne sommes donc pas à l’abri que TOTEM soit un jour coté sur Euronext Paris en même temps qu’Orange.

Cela permettrait au groupe de lever des fonds en vue de réduire son endettement, soit en remboursant la dette, soit en donnant à TOTEM les moyens de financer sa propre croissance.

Dans un première cas, une cotation directe serait tout indiquée, puisque cela permettrait à Orange de céder une partie de ses titres et de renflouer directement ses caisses. Dans le second, TOTEM ferait une offre publique pour renforcer son bilan et bénéficier d’une trésorerie confortable pour mener à bien son développement.

Si l’état-major d’Orange n’a pour le moment pas mentionné une telle opportunité, l’appétit des investisseurs pour ce genre d’opération s’est vérifié dernièrement avec le succès de la cotation de Vantage Tower.

Dans un autre registre, l’IPO de Porsche, détenu par Volkswagen, qui planifie cette offre dans le but de financer le virage vers l’automobile électrique, a rencontré un fort intérêt puisque le cours de l’action du constructeur allemand s’était adjugée de 7,84% le jour de l’annonce, le 22 février 2022.

Lire également : la vérité sur l’introduction en bourse de Porsche

Ainsi, en augmentant ses revenus et en diminuant le service de sa dette, Orange va pouvoir augmenter son flux de trésorerie libre et disposer du capital nécessaire pour poursuivre le développement de la 5G.

Libérer du capital

Si les pylônes sont des actifs stratégiques pour la téléphonie, ils ne sont en réalité pas suffisants pour permettre un tel déploiement sur le territoire national.

Les pylônes sont l’infrastructure idéale pour la transmission des ondes basses fréquences à longue portée, comme celles de la téléphonie mobile ou de la 4G, mais ne permettent pas de couvrir l’ensemble du territoire avec des ondes hautes fréquences, qui sont utilisées par la 5G.

Plus la fréquence d’une onde est élevée, plus elle peut transporter d’informations. Cela se traduit donc par une nette amélioration du débit et une plus faible latence.

Or, le rayon de portée d’une onde est inversement proportionnel à sa fréquence. C’est à dire que les ondes 5G vont moins loin que les ondes 4G.

Alors, comment peut-on régler ce problème ?

Pour permettre une couverture 5G complète du territoire, et notamment en ville où la densité est importante, les opérateurs vont devoir installer de nombreuses antennes locales plus petites en complément des pylônes.

A courte portée et à faible puissance d’émission, ces petites cellules sont adéquates pour la diffusions des ondes à haute fréquence et sont indispensables pour couvrir l’ensemble du territoire avec la 5G.

Orange a d’ailleurs publié une vidéo explicative de cette nouvelle technologie.

Heureusement, ces petites cellules sont faciles et rapides à mettre en place, et s’intègrent discrètement dans le paysage urbain : on les attache par exemple aux réverbères dans la rue.

Cependant, il est nécessaire d’en disposer en très grand nombre, ce qui représente toujours un coût considérable qui devra être financé un jour ou l’autre : face à ces besoins, la création de TOTEM n’est donc pas un hasard.

Alors, faut-il acheter des actions Orange ?

Je ne pense pas que la 5G puisse stimuler la croissance d’Orange. Cette technologie peut ouvrir de nouvelles opportunités pour les usagers, mais elle n’est en rien un gage de revenus pour les opérateurs.

Malheureusement, tous les clients s’attendent à disposer de cette mise à jour, sans en avoir à en payer le prix … et Orange ne peut rien faire contre cela.

Selon moi, l’activité de télécommunication va continuer de stagner et de gratter au mieux un symbolique point de pourcentage de croissance par an.

En revanche, la création de TOTEM est une excellente initiative et permettra une drastique revalorisation des actifs d’Orange.

Mais avec sa Tower Co, Orange se lance dans un nouveau métier. Sa position d’opérateur historique peut lui donner un avantage sur les TowerCo indépendantes, si le groupe sait faire la part des choses et opère les deux entités de manière impartiale.

Au delà de la rentabilité et de la croissance, Orange peut ainsi espérer se démarquer de ses concurrents en sécurisant de nouveaux flux de trésorerie qui faciliteront le déploiement de la 5G, mais sur le long-terme, on peut se demander si les pylônes ne vont pas être rendus obsolète par l’utilisation massive des petites cellules.

Avec un ratio Valeur d’Entreprise / Capitalisation Boursière de 1,5 et un ratio Cours / Valeur Comptable de 0,9, l’action Orange est presque sous-valorisée.

Toutefois, ma recommandation personnelle n’est que de « Conserver ». Les multiples opportunités présentées dans cet article ne me semblent pas prises en compte dans le cours actuel de l’action, mais ces dernières restent très hypothétiques et dépendent grandement de la direction que va prendre TOTEM.

Ce projet est encore à sa genèse et il est préférable de disposer de plus d’informations pour passer à « Acheter ». L’aspect spéculatif de l’opération peut cependant intéresser les investisseurs souhaitant s’exposer à plus de risque.

Foire aux questions

Dans cette section, je répondrai aux questions les plus communes concernant Orange. Si vous ne trouvez pas la réponse que vous cherchez, n’hésitez pas à poser votre question dans les commentaires.

Peut-on acheter des actions Orange via un PEA ?

Oui, l’action Orange cotée sur Euronext Paris est éligible au PEA. En revanche, elle n’est pas éligible au PEA-PME. Vous pouvez également acheter des actions Orange dans le cadre d’un compte titres ordinaire ou d’une assurance vie.

Les achats d’actions Orange sont-ils concernés par la taxe sur les transactions financières (TTF) ?

La taxe sur les transactions financières (TTF) est un prélèvement sur les opérations de ventes d’actions. Le prélèvement, de l’ordre de 0,3 % de la valeur d’acquisition, concerne toutes les entreprises dont le siège social se situe en France et dont la capitalisation boursière excède le milliard d’euros, ce qui est le cas pour Orange.

Quels sont les indices boursiers qui incluent Orange ?

Orange est un composant du CAC 40, du SBF 120, de l’Euronext 100, de l’EuroStoxx 600, du Low Carbon Europe 100, de tous les indices boursiers incluant ces indices, ainsi que de divers indices sectoriels.

Comment acheter des actions Orange ?

Pour les résidants français, il est possible d’acheter des actions Orange chez l’intégralité des courtiers en ligne.

A propos de l'auteur

Conseiller en Investissements Financiers indépendant et passionné par le monde de la bourse depuis 2013, j’aide les stock-pickers à battre le marché pour qu’ils puissent consacrer leur temps et leur énergie à ce qui compte vraiment pour eux.

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  • « Aujourd’hui, les Google, Facebook, Netflix, Apple, Amazon et Microsoft représentent 57% du trafic internet mondial, sans avoir investi le moindre euro dans les réseaux permettant de diffuser leur contenu. »

    Les GAFAM représentent la moitié des investissements dans les câbles transocéaniques, qui transportent l’essentiel du trafic.

    • Bonjour,

      Merci pour votre commentaire, ce que vous dites est tout à fait vrai.

      Cependant, cet article traite principalement de la téléphonie mobile, et surtout, du déploiement de la 5G.

      Dans ce contexte, le terme de réseau se restreint donc aux infrastructures de transmission sans fil vers les téléphones portables.

      Le problème est que de plus en plus de contenu consommé sur un téléphone portable est lié à l’activité des GAFAM.

      Cela requiert donc des investissements toujours plus conséquents dans de nouvelles antennes, et les opérateurs mobiles n’arrivent pas à suivre le rythme.

      En réalité, il s’agit de deux échelons distincts de la même chaine de valeur.

      Le sujet des câbles sous-marins reste un sujet important, et l’importance des GAFAM dans ce domaine doit être soulignée.

      Tout comme celle d’Orange Marine, la filiale du groupe dédiée à la pose et la maintenance de ces câbles, qui représente d’ailleurs 15% du marché mondial !

      A bientôt,

      Adrien

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